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Les interventions de réassignation d’Homme vers Femme (ou MtF)

Réassignation génitale (aïdoïopoïèse, dite "vaginoplastie")

Avant l’intervention

  • Une consultation d’anesthésie est nécessaire un mois au moins avant l’intervention.
  • La vaccination antitétanique doit être vérifiée, et complétée si nécessaire par le médecin traitant.
  • L’aspirine, les anti-inflammatoires et/ou les médicaments qui en contiennent sont formellement interdits pendant les 10 jours qui précèdent et qui suivent l’intervention, afin de réduire le risque hémorragique et le risque de gangrène.
  • Le tabac doit être arrêté deux mois au moins avant l’intervention, afin de réduire le risque de nécrose de la peau du vagin. Attention, les patches à la nicotine comportent le même risque de nécrose. Un dépistage de la nicotine dans les urines est effectué systématiquement avant l’intervention, qui est annulée en cas de positivité de ce dépistage.
  • Le traitement hormonal par œstrogènes doit être arrêté un mois avant l’intervention, afin de réduire le risque thrombo-embolique.
  • L’ANDROCUR ne doit pas être interrompu et doit être poursuivi jusqu’à l’intervention.
  • Pour lutter contre ce risque de phlébite, des bas de contention élastique en coton (classe 2) doivent être achetés pour le jour de l’hospitalisation, la veille de l’intervention.
  • Un régime alimentaire sans résidus strict doit être entrepris quelques jours avant votre hospitalisation (pas de fruits, pas de jus de fruits, pas de légumes, pas de pommes de terre, pas de potages, pas de pain, pas de fromages frais ni fermentés).

L’intervention

  • L’intervention chirurgicale a pour buts l’ablation des deux testicules, l’ablation de la verge,  la création d’un vagin (tapissé par la peau de la verge, avec ou sans greffe cutanée complémentaire), d’un clitoris vivant et sensible, de petites et de grandes lèvres (voir l’explication illustrée)
  • Lorsque la patiente le souhaite, la mise en place d’implants mammaires est généralement associée à cette intervention. La taille de ces implants est choisie avant tout sur des critères de sécurité morphologiques, et non sur un souhait de bonnet de soutien-gorge.
  • Sa durée varie de 2 à 4 heures, selon l’intensité des saignements et la nécessité ou non d’une greffe de peau.
  • Pendant l’intervention, qui est réalisée en position gynécologique, les principaux risques sont :
    • Une compression jambière localisée exagérément prolongée, avec un risque de nécrose musculaire ischémique (syndrome de loge) et/ou un risque de paralysie du nerf sciatique poplité externe (sensibilité du dos du pied, muscles releveurs externes du pied). Pour diminuer ce risque, des jambières spéciales sont installées sur la table d’opération; elles protègent la jambe avec des coussins de gel de silicone.
    • Une blessure opératoire du rectum lors du décollement destiné à créer le néo-vagin est très rare mais possible (environ 1 cas sur 100). Si elle survient, elle est immédiatement réparée par suture et n’entraîne en pratique aucune conséquence.
    • Une phlébite, avec risque d’embolie pulmonaire pouvant être mortelle. C’est pour diminuer ce risque qu’il faut arrêter les hormones un mois avant l’intervention, que des bas de contention sont préconisés pendant l’intervention, et que des anticoagulants sont injectés chaque jour pendant toute la durée de l’alitement.
  • Si il apparaît au cours de l’intervention que le vagin est trop court, il peut être prolongé d’emblée par une greffe de peau prélevée sur le scrotum (s’il a été préalablement préparé par une épilation au laser définitive) et/ou dans le pli de l’aine, où il existera donc une cicatrice supplémentaire.

Après l’intervention

  • Dans le but de favoriser la cicatrisation du néo-vagin, le lever est interdit pendant 3 à 5 jours. De même, tout ce qui favorise les efforts de poussée abdominale est combattu (régime sans résidus, anti diarrhéique, tabac interdit). Un traitement anticoagulant par injections sous-cutanées quotidiennes est prescrit, afin de réduire le risque de phlébite lié à l’alitement prolongé.
  • Il est recommandé de boire beaucoup d’eau (2 à 3 litres par jour) pour réduire le risque d’infection urinaire lié à la sonde, qui est conservée pendant une semaine, et pour réduire le risque de phlébite.
  • Un traitement antibiotique prophylactique, commencé pendant l’intervention, est poursuivi pendant les 48 heures suivantes dans le but de réduire le risque de gangrène du périnée. Des infections postopératoires plus ou moins graves sont en effet possibles, mais heureusement très rares. Elles sont favorisées par les médicaments anti-inflammatoires qui sont donc interdits.
  • Il est habituel de constater des saignements souvent importants de la région opérée. Des ecchymoses plus ou moins étendues sont banales dans la région opérée. La surveillance quotidienne a pour but dans les 3 ou 4 premiers jours de dépister un hématome postopératoire, qui nécessiterait d’être évacué et drainé sous anesthésie générale.
  • Le pansement qui maintient le vagin en place ("bourdonnet") est retiré entre le 3ème et le 6ème jours, date à laquelle sont autorisés le lever et un régime alimentaire normal . A partir de ce moment, le port d’un conformateur vaginal souple est préconisé, qui peut être réalisé avec des compresses roulées de façon très serrée, et entourées par un préservatif lubrifié par de la pommade de vaseline. Ce conformateur a pour but de s’opposer à la rétraction naturelle qui accompagne les phénomènes de cicatrisation pendant les 2 ou 3 premiers mois qui suivent l’intervention. Il doit donc si possible être porté jour et nuit, ce qui n’est pas toujours réalisable. Un certain apprentissage est nécessaire pendant les premiers jours pour mettre correctement ce conformateur en place dans le vagin.
  • Attention : ce petit conformateur souple n’a évidemment aucune ambition de dilater le vagin ou d’en augmenter les dimensions. Si cela est nécessaire, l’emploi d’un conformateur rigide de dilatation, très différent, vous sera préconisé et expliqué ultérieurement, après la cicatrisation complète, lorsque les tissus seront suffisamment solides pour le supporter. Mais un conformateur rigide est certainement contre-indiqué dans les suites immédiates de l’opération, car il risquerait de nécroser la peau du vagin (voir plus bas).
  • La sonde urinaire est retirée vers le 6ème ou 8ème jour. Des problèmes de rétention urinaire réflexe peuvent être observés au moment de ce sevrage. Ils conduisent à replacer immédiatement une sonde urinaire, qui sera laissée en place trois semaines supplémentaires. Cette sonde n’empêche absolument pas la sortie de l’hôpital et le retour à domicile.

Après la sortie de l’hôpital

  • En l’absence de complications, la sortie a lieu habituellement 8 à 10 jours après l’intervention (le premier jours est compté à partir du lendemain de l’opération). Lorsqu’il est autorisé, le retour à domicile peut se faire sans risques par les transports en commun (train et avion compris). Les soins locaux quotidiens sont très simples et peuvent être réalisés par la patiente seule : douche à l’eau du robinet et au savon, conformateur vaginal (voir plus haut), et protection du slip.
  • Aucun antiseptique n’est nécessaire. L’eau du robinet et le savon suffisent à l’hygiène locale. La cicatrisation complète est généralement obtenue en 4 à 6 semaines. Il n’est pas nécessaire de faire retirer les fils, qui se résorbent spontanément.
  • Dans certains cas rares, une nécrose de la peau du vagin plus ou moins étendue peut être observée dans les jours qui suivent l’ablation du bourdonnet. Imprévisible, cette nécrose peut être liée à plusieurs causes, parmi lesquelles le tabagisme est bien connu. C’est la raison pour laquelle le tabac doit si possible être totalement arrêté 6 à 8 semaines avant l’intervention et trois semaines après l’intervention. La nécrose de la peau du vagin nécessite des pansements gras pluriquotidiens. Selon son importance, elle peut retarder la cicatrisation de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Lorsqu’elle est étendue, elle comporte un risque très important de rétrécissement du vagin, qui doit être combattu par des conformateurs, et qui peut nécessiter une intervention chirurgicale secondaire (soit greffe de peau, soit vaginoplastie par anse sigmoïdienne).
  • Pendant les premiers temps, les urines peuvent ne pas s’évacuer par un jet unique, mais de façon dispersée. Malgré les précautions qui sont prises lors de l’intervention pour tenter de l’éviter, il existe par ailleurs un risque de rétrécissement progressif du méat (orifice) urinaire avec la cicatrisation. Lorsqu’il est très serré, ce qui est rare, ce rétrécissement peut faire l’objet d’une retouche chirurgicale.
  • Après cicatrisation, la morphologie extérieure de la vulve est habituellement très naturelle. La sensibilité du clitoris est parfois très développée et ressentie de façon désagréable. Cette hypersensibilité est transitoire et s’améliore spontanément avec le temps, dans un délai de quelques mois.
  • Des retouches sont parfois possibles, plusieurs mois après l’intervention. Il s’agit en règle de gestes mineurs (voir plus bas).

Finalement

En règle générale, si l’intervention chirurgicale permet le plus souvent d’obtenir des organes génitaux d’apparence extérieure naturelle et très voisine de la normale féminine, et s’il est le plus souvent possible d’avoir une fonction sexuelle satisfaisante, il est en revanche illusoire d’espérer que cette fonction soit tout à fait normale. Tout est néanmoins tenté pour s’en rapprocher le plus possible.

En particulier, le vagin étant tapissé de peau et non de muqueuse, il doit être lubrifié lors des rapports sexuels.

Quant aux dilatations par conformateur rigide, elles sont très loin d’être systématiques et elles dépendent surtout des dimensions obtenues pour le vagin et des besoins de la patiente. Lorsqu’elles sont entreprises, ces dilatations ont une durée limitée dans le temps (quelques mois) et ne doivent certainement pas être poursuivies "à vie", contrairement à ce qu’on peut souvent lire sur Internet.

NB. Bien évidemment, cette transformation chirurgicale est irréversible. Il est définitivement impossible de revenir à l’état antérieur, et la stérilisation de la reproduction est définitive.

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